Via Fluvia – un voyage à vélo en famille d’un fleuve à l’autre

Le mois de mai n’est pas un mois pour les patrons, c’est une chose acquise. Par contre il s’agit d’un mois pour les cyclistes, surtout lorsque les jours fériés se mettent d’accord pour offrir un beau viaduc de 5 jours. L’ Education Nationale, dans sa grande mansuétude, s’est même arrangée pour forcer les petits patrons à prendre ce viaduc en mettant tous les élèves en vacances forcées. Pour savonner encore plus cette planche déjà glissante, je n’avais pas encore testé l’ADN dans un configuration de voyage « lourd », c’est à dire avec un minimum de 40 kg de chargement… Les signes étaient évidents, il fallait en profiter pour faire un petit voyage à vélo en famille !

Restait à trouver une destination, pas trop loin (5 jours c’est court), pas trop difficile (à 6 ans on ne dévore pas encore le D+) et si possible dans un coin dépaysant pour les parents… Comme la France regorge d’itinéraires cyclables, il en pousse tous les ans, et que la région Auvergne Rhône Alpes n’est pas en reste, le choix n’a pas été trop difficile. Nous avions déjà arpenté la très belle Dolce Via en Ardèche (un autre pont de l’Ascension), il nous fallait donc découvrir sa soeur plus au Nord, la Via Fluvia !

Qu’est-ce donc que cette Via Fluvia ?

Il s’agit d’un itinéraire cyclable, majoritairement en site propre, qui suit une ancienne ligne de chemin de fer qui reliait la Loire au Rhône au Nord de la Haute Loire et de l’Ardèche et le Sud de la Loire. Promettant un profil sympathique, voie ferrée oblige, tout en ne se résumant pas à une gigantesque digue infinie, la Via Fluvia n’en parcourt pas moins les hauts plateaux de la Haute Loire, réputés pour leur rudesse et leur beauté ! Avec un peu plus de 100 km et à peine plus de 1000 m de dénivelé positif d’un fleuve à l’autre (dans le sens Loire -> Rhône pour le dénivelé), c’est un itinéraire parfait pour un voyage en famille !

Le voyage à vélo en famille

Pour ce voyage nous étions 2 familles, 4 adultes et 4 enfants de 6 à 10 ans. Nous formons une équipe bien rodée qui roule ensemble depuis maintenant 9 ans (lorsque nos ainés avaient 1 an). L’objectif n’est jamais la performance, mais bien de se faire plaisir et de faire goûter à nos enfants les joies de l’itinérance, du vélo et de la vie au grand air. La longueur et la difficulté des étapes sont scrupuleusement limitées pour que tout le monde y prenne du plaisir, pour ce voyage, nous avons commencé tout doucement par une première étape d’à peine 15 km et la plus longue journée n’a pas dépassée 45 km.

Il est claire qu’il serait tout fait possible de réaliser de plus grandes étapes en poussant ou tirant un peu l’équipage. Mais de notre point de vue, cela nuirait à l’adoption de ce mode de vacance par les enfant. Avec des étapes bien dimensionnées, ils conservent tout le temps nécessaire pour jouer et découvrir à leur manière les nouveaux environnements dans lesquels ils se trouvent.

Au final, de la gare du Puy en Velay à la gare de Valence, notre terminus, nous avons parcouru 174 km, en 5 jours et sans jamais se mettre dans le rouge !

Peu de difficultés, mais une belle aventure

La Via Fluvia, en nous faisant découvrir la Haute Loire, réserve son lot d’aventures et de surprises. La première est la faible densité de population et d’équipements touristiques. C’est une très bonne nouvelle, quand on cherche à se déconnecter de notre vie urbaine. Mais si l’on décide de faire de petites étapes, le bivouac devient obligatoire, car le nombre de camping à proximité est très limité.

Heureusement, il y a de la place pour le faire, et les nombreuses aires de pique-nique que l’on trouve sur le bord de la piste cyclable offrent de très bons spots. Et pour les puristes, un petit coup de pédale sur les chemins de traverse permet d’accéder à un choix encore plus grand ! Dans notre cas, nous avons fait les fainéants et squatté le bord de la piste, prêt de la gare de Raucoules où nous avons pu voyager dans le temps en regardant arriver le Velay Express (8 km/h de moyenne !) toute vapeur dehors ! Au passage, ce train touristique permet de relier la Via Fluvia à la Dolce Via et de faire une très jolie boucle (et il prend les vélos lui !)

Quel type de vélo utiliser ?

Pour moi, c’était l’occasion de tester l’ADN avec un chargement complet et relativement lourd (en voyage à vélo en famille, les parents portent quand même pas mal de poids), en l’occurence je transportais environ une quarantaine de kilo. C’est aussi une bonne occasion de voir comment le vélo se comporte quand le chargement est déséquilibré (avant/arrière et surtout gauche/droite). Il m’est arrivé, avec d’autres vélos, d’avoir quelques surprises…

Pour l’ADN, tout c’est excellemment bien passé, ce vélo est une vrai merveille ! Il se comporte toujours de manière saine et prévisible, la charge ne change pas sa maniabilité, il n’oscille jamais même lorsque le chargement est très déséquilibré et permet même de prendre du plaisir dans des portions VTT ! Je suis revenu très content de mon vélo, et ce n’est pas toujours le cas…

Mais la Via Fluvia ne nécessite pas nécessairement un « gros » vélo de voyage. En effet, les portions en chemin ne sont pas légions et la plus part du temps la piste est très roulante. J’était le seul du groupe à avoir des pneus dépassant le 40 mm (48 mm en l’occurence) et un Charmant Som en 28 mm a réalisé le parcours avec la même fraicheur ! Je dirais que pour un voyage de ce type, la monture importe peu, la difficulté étant faible, n’importe quel vélo pouvant transporter le chargement nécessaire et disposant de développements permettant de monter chargé une côte à 5% fera l’affaire ! Nous avons d’ailleurs croisé quelques vélos de ville de location…

Il est quand même bien agréable de le faire sur un vélo qui ne gaspille pas votre énergie, qui ne nécessite aucune intervention en 175 km (le cas ur nos 4 vélos) et sur lequel vous vous sentez bien !

La SNCF, garante de l’esprit d’aventure

Pour finir ce billet, je me dois de la plus grande aventure de ce joli voyage : la SNCF. La Via Fluvia est un itinéraire qui ne peut se faire sans une navette en train (ou en voiture, mais là c’est quand même vraiment compliqué, lourd et polluant !) En effet, l’aller/retour serait bien fastidieux (surtout avec des enfants) et beaucoup plus long (plus de 2 fois compte tenu du dénivelé au retour).

Si vous rajoutez à cela l’envie de partir de chez vous en train + vélo et de ne pas bruler une goutte d’essence (autre que celles du train St Etienne – Le Puy…), cela donne depuis Grenoble 3 trains à l’aller et 1 au retour. Et là les affaires se compliquent sérieusement ! Parce qu’il faut bien l’avouer, nous n’étions pas les seuls à avoir eu cette bonne idée, nous étions même un certain nombre ! On ne peut que s’en réjouir d’ailleurs. Les TER étaient donc pleins de gentils voyagueurs et de leur encombrants vélos… Et il faut bien le dire, de ce côté là, la SNCF n’a toujours pas trouvé de solutions, à part réduire le nombre de cycliste dans ses trains en imposants des réservations.

J’ai bien peur personnellement, que ce genre de voyages devienne impossible dans les années qui arrivent. Seul, on arrive toujours à se faufiler et à rentrer, mais quand vous êtes 4 avec 2 enfants de 6 et 9 ans, c’est nettement plus compliqué. Si l’engouement pour le voyage à vélo et les déplacement peu polluants se confirme, ce que je souhaite, et que la SNCF ne prend pas le train du changement qui se déroule sur ses quais, ça risque de dérailler bien vite…

Alors au boulot les cadres de la SNCF et de la région Auvergne Rhône Alpes pour nous trouver des solutions pour enfin profiter sereinement de nos beaux itinéraires vélos !!


6 réflexions sur “Via Fluvia – un voyage à vélo en famille d’un fleuve à l’autre”

  1. Malheureusement la sncf est en train (facile) de se rendre compte que c’est très compliqué et cher de rajouter des emplacements vélos dans les ter cars ils ne sont utilisés que ponctuellement et de manière saisonnière d’où le concept de réservation obligatoire, même et surtout s’il n’y a pas d’espace vélo, pour diluer le flux sur l’ensemble des journées

    1. Bonjour Milpat,

      Je ne suis pas complètement d’accord avec vous.
      Le remplissage ponctuel des trains par des vélos, ce n’est pas tout à fait ce que nous ont raconté les usagers réguliers du Lyon – St Etienne, qui est rempli de vélos presque systématiquement. Si les vélos prennent de la place, faisons les payer, mais assurons leur transport dans des conditions acceptables.
      Pour ce qui est de la dilution du remplissage dans le temps, c’est une belle idée sur le papier, mais dans la réalité c’est inapplicable. Quand vous êtes en famille, vous n’allez pas partir à 16h de Grenoble pour arriver à 21 h au Puy pour faire votre première étape de nuit… Vous prenez le premier train du matin, comme tout le monde !

      En réalité, il s’agit d’un choix politique. Si on veut, oui on non, favoriser l’essort du vélo comme mode de transport et de voyage, il faudra bien augmenter la place dévolue aux vélos dans les trains.
      Enfin, pour ce qui est du coût, l’investissement de la Région dans les infrastructure cyclables est considérable, il est quand même dommage qu’il ne soit pas utilisé à sa juste valeur parce que la même région (qui est propriétaire des TER) n’investit pas dans des trains adaptés.

      Fabien

  2. empruntant très régulièrement les TER puisque j’ai fait le choix de vivre sans voiture, je confirme le constat de Fabien : il y a une demande forte pour plus de places vélos dans les trains, pas seulement à la saison du cyclo-camping.

    Nous sommes de + en + nombreux à opter pour des trajets domicile-travail en train+vélo pendant toute l’année. Et quand on fait ce choix, bien souvent, on fait aussi d’autres trajets en train+vélo. Donc il ne suffira pas de nous recommander d’avoir 2 vélos et d’utiliser les parkings à vélo dans les 2 gares départ et arrivée, parce qu’on ne fréquente pas que 2 gares !

    D’autre part, l’effet de a réservation obligatoire, ça ne sera pas de diluer la fréquentation vélo : les cyclistes qui peuvent décaler leur trajet en heure creuse le font déjà, car ils savent bien qu’en heure de pointe c’est compliqué. L’effet, ce sera de diminuer le nombre de vélos transportés, et ça, c’est indéfendable car il était parfaitement prévisible depuis plusieurs années que la demande allait continuer à augmenter, et qu’il faut encourager cette solution pour réduire la consommation de pétrole et la congestion dans les centres urbains…

    Enfin j’ajoute 2 constats à propos de cette réservation obligatoire dans les TER :
    (1) la réservation ne garantit même pas d’avoir une place vélo, car la SNCF écrit, en petits caractères dans une page « Conditions générales d’utilisation » que personne ne va regarder mais que j’ai lue attentivement, qu’à la moindre perturbation (rupture de correspondance, suppression d’un TER,…), le cycliste qui a réservé n’a AUCUNE garantie d’acheminement, car la SNCF ne prévoit pas de transport de substitution pour les vélos.
    (2) le logiciel de réservation est buggé : impossible de modifier ou annuler une réservation vélo en ligne. Et le week-end dernier, il y a eu, dans une gare au nord de Lyon (je ne sais plus laquelle) , à peu près 8 fois plus de cyclistes AVEC RÉSERVATION VÉLO qu’il n’y avait de places vélo dans le train. Bravo le SNCF !

  3. Jolie « aventure » en famille. J’espère aller rouler sur la Via Fluvia cet été.
    La question du train + vélo et des difficultés rencontrées est récurrente mais prend des proportions désormais critiques avec une multiplication de situations chaotiques allant, dans certains cas, jusqu’à « troubler l’ordre public ». Sur le constat, je pense que tout le monde a raison :
    – certaines lignes sont structurellement déficitaires en places vélo pour les raisons que vous donnez, Fabien et Monique.
    – d’autres sont déficitaires de manière saisonnière
    – certaines cumulent les 2.
    Mais Milpat n’a pas non plus complètement tort. Les militants vélo veulent le beurre et l’argent du beurre. Ils veulent l’efficacité suisse mais omettent la plupart du temps de préciser le coût du transport de vélo sur les CCF et s’offusquent dès qu’on parle de faire payer les cyclistes pour leurs vélos. Et la Suisse n’est pas la seule. La gratuité totale, l’absence de réservation, le voyage à n’importe quelle heure: toutes ces bonnes choses auxquelles on a été habitué et qui sont devenues notre étalon car on les apprécie tous, ça n’existe nulle part ailleurs. Les bugs sur système de réservation, ça n’est pas anodin pour ceux qui en sont victimes, mais c’est un autre (vaste) sujet: celui de la capacité de la SNCF à mettre quelque chose en place rapidement qui fonctionne (avec en prime la question de la régionalisation et de la relation avec les AOT). Laissons-le donc de côté.
    Malheureusement, nous avons une bonne idée de ce que nous aurons à disposition comme matériels roulants dans les 10 à 15 prochaines années. Les délais de livraison de nouvelles rames sont très longs. La rénovation de l’ensemble du parc aussi. Les marchés ont été passés ; ils sont contraignants. Même si en rêvant un peu, on pourrait se dire qu’en cours de contrat, on pourrait faire des changements à la marge sur l’aménagement de places vélos dans les rames TER, je pense que nous pouvons être certains que l’offre en places de vélos dans les TER sur les trajets recherchés par les voyageurs à vélo ne sera pas suffisante par rapport à la demande en périodes de pointe. On peut le regretter, revenir en arrière et critiquer untel ou untel, ça ne sert à rien. Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les solutions au problème tel que nous l’avons devant nous aujourd’hui. Que pouvons-nous faire (à part – ou en plus – de râler)? Voici des pistes (pas exclusives l’une de l’autre)
    1) on peut modifier les heures ou les dates de trajet, (pas forcément possible sur toutes les destinations, lorsqu’il n’y a que très peu de TER proposés). Evidemment, tout le monde veut maximiser le temps sur le vélo, donc il y a un coût à payer pour le voyageur en termes de temps utile au voyage.
    2) on peut mettre en place une tarification qui va réduire la demande aux horaires les plus demandés (en général, les militants vélos n’aiment pas ça).
    3) on peut offrir des solutions alternatives au train sur ces portions de voyage.
    Par exemple équiper les cars régionaux de remorques pour vélos sur certaines périodes d’affluence. Ca ne coûte rien comparé à l’augmentation de capacités en places de vélos sur les TER (mais c’est toujours trop pour celui qui veut botter en touche et qui espère dégoûter les cyclistes).
    Par exemple aussi pousser Blablacar à ajouter une option permettant le covoiturage avec vélo (je leur ai écrit dans ce sens car je propose de manière artisanale des places de cette manière lorsque je voyage en voiture mais la réponse standard ne me pousse pas à avoir une amélioration à CT).
    4) Dans la même veine que ce dernier point, on peut prendre sa voiture quand on est nombreux car objectivement, le bilan carbone d’une voiture avec 4 occupants à bord n’est pas si mauvais, surtout comparé à celui d’une rame TER diesel extrêmement polluante, surtout quand elle franchit des reliefs élevés (comme pour aller au Puy). Le gain devient très substantiel si on inclut dans le bilan global que les groupes qui choisiraient cette solution permettraient de laisser les places rares des rames TER à des cyclos solos, ce qui entraînerait, s’ils prenaient leur voiture, un impact environnemental global bien pire.

    Je le dis depuis des années : le train + vélo, avec les choix politiques qui ont été faits depuis des décennies et qui sont la réalité d’aujourd’hui, ne permet pas de proposer à court et moyen terme une solution à l’échelle du pays (et plus, car de très nombreux touristes étrangers viennent rouler sur nos vélo-routes pour leurs vacances). Il manque de la bonne volonté de toutes parts (en commençant par la SNCF) pour proposer des solutions pragmatiques pour limiter à court terme l’impact négatif de ce déficit chronique d’offre de places vélos dans les trains. D’un côté comme de l’autre, il y a trop de postures idéologiques et/ou de mauvaise volonté pour avancer concrètement et sereinement sur ces sujets en France. C’est bien dommage. Les solutions de compromis existent pour améliorer les choses (j’insiste sur le mot de compromis, car je sais que l’idéal, lui, ne sera jamais atteint) mais elles tardent à être discutées donc mises en oeuvre. On perd du temps.

    1. Bonjour et merci Dedo pour ce commentaire bien fourni et argumenté sur le thème épineux du train + vélo.

      A titre personnel, je ne suis pas du tout contre payer pour faire voyager mon vélo, je trouverai ça bien normal. Ce que je ne trouve pas normal par contre c’est le manque de préparation des personnes responsables (SNCF, régions…) alors que le sujet ne date pas d’hier. Je me rappelle très bien voir discuter de cela avec le père d’une amie qui travaillait à la SNCF en 1999…
      Ça me donne un sentiment de légitimité pour râler !
      Fabien

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